Abdelhadi Belkhayat: Le souffle d'une voix, le destin d'un choix


Dimanche 1 Février 2026

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Avec le décès d'Abdelhadi Belkhayat, vendredi à l’âge de 86 ans, la scène artistique marocaine tourne l’une de ses plus belles pages, celle d’un géant qui laisse à la postérité un riche répertoire de chansons qu’il a finement portées au firmament pendant plus d’un demi-siècle.

Depuis l’aube des années 60 jusqu’à sa retraite artistique en 2010, Belkhayat a marqué l’histoire de la chanson marocaine moderne d’une empreinte indélébile, patiemment ciselée de sa voix souveraine, qui a fait de lui l'ambassadeur attitré d'un Maroc mélodieux auprès du monde arabe, rivalisant de talent avec les plus grands interprètes d'un âge d'or révolu.


Ce long voyage vers la gloire a commencé dans l’ardeur de la persévérance. Né à Fès dans une modeste famille qui allait déménager à Casablanca, le petit garçon a dû très tôt alterner les bancs de l’école avec l’atelier de menuiserie pour aider son père. 
Mais le feu sacré ne s'est jamais éteint. Sa passion bouillonnait en lui jusqu'au jour où sa voix, pure et limpide, finit par s’échapper des ondes de la radio, marquant ainsi la naissance d’un...artiste.


Sous l'aile bienveillante du regretté dénicheur de talents, Abdennabi El Jerari, il gravit les premières marches d’un piédestal que le public marocain, assoiffé de renouveau culturel, lui offrit avec ferveur.

L’émergence de Belkhayat fut l’annonce d’une ère nouvelle. Il a repris le flambeau des pionniers, comme Maâti Benkacem,

Brahim Alami, Mohamed Fouiteh et autres pour insuffler une dynamique à la chanson marocaine.

Ce fut l’époque où les théâtres et les ondes vibraient à l’unisson, dans le creuset d’une collaboration qui, passionnément tissée avec les plus grands compositeurs et poètes, a donné naissance à des chefs-d'œuvre immortels.


Qui pourrait oublier la profondeur poétique de "Al Qamar Al Ahmar" (La lune rouge) ou de "Ash-Shati'e"» (La plage) ? Qui n'a pas vibré au rythme populaire de "Bant Anass", "Qitar Al Hayat" (Le train de la vie) ou de l’envoûtant "Ya Dak Al Insane"? 
Qu’il s’agisse de la rigueur classique de la poésie savante ou de la chaleur des rythmes du terroir, Belkhayat savait, avec une maîtrise absolue du mot et de la note, plonger son public dans un état d'extase musicale unique.


S'il excellait dans l'interprétation du poème au souffle classique et solennel, fruit de sa complicité avec le regretté compositeur Abdessalam Amer et le poète Abderrafie Jouahri, il avait l’art et la manière d’emporter les mélomanes au gré de morceaux imprégnés de rythmes locaux et populaires.


De sa voix chaude et limpide, il a fait chavirer les cœurs et remué les âmes lors de ses soirées mémorables à travers le Royaume, en misant sur une synergie créative avec des géants, tels que le poète prodige Ahmed Tayeb El Alj et le maître mélodiste Abdelkader Errachdi.


A ce titre, sa discographie fut un miroir de la vie : l’amour passionné, la vie mondaine comme "Bine Al Imarat", la ferveur patriotique avec "Aid Assahra", et enfin, cette quête mystique qui a illuminé le crépuscule de sa vie, incarnée par la sublime "Al Mounfarija".


Au-delà de la technique, c'est l'homme qui forçait le respect. Malgré l’appel des sirènes du Caire, où sa voix fascinait des légendes comme Mohammed Abdel Wahab et Abdelhalim Hafez, Belkhayat a choisi de rester fidèle à sa terre natale, bâtissant pierre après pierre l’édifice de la chanson marocaine. 
Dans cette œuvre patriotique jalousement attachée au terroir, il faisait partie d’une constellation d'étoiles (comme Abdelwahhab Doukkali, Mohamed El Hayani et Naïma Samih, entre autres) qui, tout en restant ouverts à l’autre, ont fait le choix de faire rayonner le génie marocain.


La preuve en est que, parallèlement à sa carrière de chanteur, Belkhayat a tenté une expérience cinématographique à travers deux films du réalisateur Abdallah Mesbahi, réunissant des stars du Maroc et d'Égypte. Il s'agit de "Silence, sens interdit" (1973) et "Où cachez-vous le soleil ?" (1979).


"Disque d’Or" pour sa chanson "Al Qamar Al Ahmar" en 1973, Abdelhadi Belkhayat n’était pas seulement un chanteur ; il était une école de l’âme. Sa voix puissante était un instrument au service d'une émotion pure, capable de s’adapter à tous les styles pour parler au cœur de tout un chacun.


L’histoire retiendra le nom d’un homme dont les mélodies continueront de résonner dans le quotidien des Marocains, comme un hymne à la nostalgie et à l’amour, transmis avec passion et tendresse d’une génération à l’autre.

Sa Majesté le Roi adresse un message de condoléances et de compassion à la famille du défunt
  

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a adressé un message de condoléances et de compassion aux membres de la famille de feu Abdelhadi Belkhayat.


Dans ce message, Sa Majesté le Roi affirme avoir appris avec grande affliction la disparition du défunt grand artiste, dont le décès constitue une grande perte non seulement pour sa famille, mais aussi pour l'ensemble de sa famille artistique nationale et arabe et pour toutes les générations, qui ont apprécié et continuent d'apprécier ses chefs-d'œuvre musicaux, gravés dans le cœur et la mémoire de ses admirateurs et des amateurs de la musique marocaine authentique.


En cette douloureuse circonstance, le Souverain exprime Ses vives condoléances et Sa sincère compassion à l'ensemble de la famille du défunt, à ses proches, à sa grande famille artistique et à tous ses amis et admirateurs, pour la perte pour le Maroc de l'un de ses fils créateurs et vertueux et d'une figure artistique nationale sans pareille, qui a répondu à l'appel du Seigneur, satisfait et satisfaisant, après une vie riche en contributions, au cours de laquelle il a enrichi le répertoire musical marocain et arabe pendant plus de cinq décennies, avec des œuvres pionnières et distinguées.


Sa Majesté le Roi affirme, par la même occasion, partager les sentiments de la famille du défunt en cette douloureuse épreuve, la volonté divine étant imparable, implorant le Très Haut de leur accorder patience et réconfort, et d'entourer le défunt de Sa Miséricorde et de Sa Mansuétude, de l'accueillir en Son Vaste Paradis et de le récompenser généreusement pour les services qu'il a rendus à son art et à sa patrie, de l'accueillir parmi ceux qu’Il a comblés de Ses bienfaits : les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux – et quelle belle compagnie que celle-là.

Libé
Dimanche 1 Février 2026
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